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Marques aux fers de propriété : lire la provenance royale, princière ou impériale d'un meuble

Toujours des bonnes informations !

En bref — Marques aux fers de propriété

Des marques aux fers de propriété ne dit pas qui a fabriqué un meuble : elle dit chez qui, dans quel palais ou dans quelle administration il est passé. 

Brûlée au fer, peinte, posée au pochoir, écrite à l’encre ou portée par une étiquette, elle peut venir du Garde-Meuble de la Couronne (lettres de résidence couronnées, numéros renvoyant au Journal du Garde-Meuble), du garde-meuble de la reine, d’une maison princière comme celle du duc de Penthièvre, puis du Mobilier impérial et des régimes du XIXe siècle, qui ont ajouté leurs marques aux précédentes.

Comment lire des marques aux fers

Lire des marques aux fers, c’est la distinguer de l’estampille et du poinçon JME, l’identifier, la situer parmi les autres marques du meuble, puis la confronter aux inventaires. Authentique et bien lue, elle est un indice de provenance de premier ordre ; seule, elle ne démontre ni que tout le meuble a appartenu à la collection désignée, ni qu’il est resté intact. C’est la concordance entre la marque, le meuble et une archive identifiant la pièce qui établit une provenance.

Une couronne, des lettres, un numéro peint ou une ancre sous votre meuble ?

Envoyez la marque en gros plan en lumière rasante, son emplacement, les autres marques et le meuble entier. Galerie L’Atrium vous dit de quel type de marque il s’agit et quelles archives pourraient la confirmer.

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Propriétaire, fabricant, contrôle : trois marques, trois questions

L’estampille, frappée à froid, renvoie à un maître ou à une maison (voir notre dossier lire et identifier une estampille d’ébéniste) ; le poinçon JME, au contrôle de la communauté parisienne (voir la jurande des menuisiers-ébénistes). La marque de propriété répond à une autre question : où ce meuble est-il passé ? Elle recouvre plusieurs logiques, qui peuvent coexister sur un même meuble :

  • la marque de propriétaire, qui désigne une personne ou une famille (le monogramme d’une reine, l’ancre d’un grand amiral) ;
  • la marque de résidence, qui désigne un château ou un palais ;
  • la marque administrative, apposée lors d’une livraison, d’un transfert ou d’un séjour en magasin ;
  • le numéro d’inventaire, qui renvoie à une ligne d’un registre.

Confondre ces niveaux revient à prêter à une marque plus qu’elle ne dit.

Fer, pinceau, pochoir, encre, étiquette : ce que dit le support

Avant de lire les lettres, on regarde comment la marque a été posée : le support renseigne sur l’usage, et souvent sur l’époque.

Les supports d’une marque de propriété
SupportAspectUsage le plus fréquentExemple documenté
Marque au fer (au feu)Empreinte brûlée, contour noirci ; souvent couronnée, dans un cercle ou un ovalePropriétaire, résidence, administrationMA couronné, « GARDE MEUBLE DE LA REINE »
Numéro peint ou à l’encreChiffres au pinceau ou à la plume, parfois avec « N° » ou une dateRenvoi à un registre de livraison« 2964 » sous une table de Marie-Antoinette
PochoirCaractères réguliers à bords nets, noirs, rouges ou bleusInventaires successifs d’un palais, surtout au XIXe siècle« St C » (Saint-Cloud) ; séries « F » (Fontainebleau)
ÉtiquettePapier imprimé ou manuscrit, collé ou clouéDestination d’un meuble, inventaire, collection, prêt« Pour la reine à Versailles / Chambre à coucher » ; « Pour le Prince […] à l’Elysée »

Ce sont des tendances, pas des règles : fer, pinceau et pochoir se rencontrent parfois sur le même meuble. Une marque brûlée se reconnaît le plus souvent à son contour noirci, là où l’estampille comprime le bois sans le brûler.

Marques aux fers - Examen à la loupe d’une marque sur un meuble ancien, près d’un registre d’inventaire ouvert.

Le Garde-Meuble de la Couronne : des lettres et des numéros

Créé par Louis XIV et Colbert en 1663, organisé par un règlement de 1666, le Garde-Meuble de la Couronne achète, entretient et répare le mobilier des résidences royales ; il s’installe en 1772 dans l’actuel hôtel de la Marine, place de la Concorde. Son outil central est le Journal du Garde-Meuble, registre où chaque livraison reçoit un numéro, une date, une destination et une description. L’INHA signale dans sa base AGORHA la copie manuscrite du Journal couvrant 1666-1784, conservée à la Bibliothèque nationale de France, dont l’original est aux Archives nationales dans la série O1 (fonds de la Maison du roi).

Le numéro qui renvoie au Journal

C’est souvent la marque la plus précieuse, parce qu’elle renvoie à un document :

Un tel numéro devient probant lorsque la ligne du Journal qu’il désigne décrit bien le meuble examiné ; un chiffre isolé peut aussi être un numéro de marchand, de vente ou de collection.

Les lettres de résidence

Le Garde-Meuble a aussi employé des lettres de résidence, souvent couronnées. L’étude de Renaud Serrette, présentée plus bas, décrit un système fondé sur l’initiale ou la première syllabe du lieu : F pour Fontainebleau, LM pour La Muette, BV pour Bellevue ; pour Versailles, l’initiale doublée « VV », couramment mais improprement lue « W ». Les musées en documentent d’autres : la Wallace Collection décrit sur un secrétaire de Riesener livré en 1783 les initiales « C.T. » peintes sous une couronne, marque du mobilier du Petit Trianon, et le Metropolitan Museum relève sous le marbre d’un secrétaire à abattant de Marie-Antoinette une marque d’inventaire de Saint-Cloud posée au pochoir.

Une lettre de résidence situe un meuble à un moment de son histoire, pas forcément à sa livraison : le secrétaire du Metropolitan Museum, livré pour le cabinet intérieur de la reine à Versailles, a été transféré à Saint-Cloud en 1787, et c’est ce second séjour que marque le pochoir.

Le double G couronné : une marque relue par la recherche

Deux G entrelacés sous une couronne fermée : l’une des marques les plus connues du mobilier royal du XVIIIe siècle, et l’une de celles dont l’interprétation a le plus changé. Longtemps lue comme deux C enlacés et attribuée au château de Compiègne (identification de 1934), puis rapportée aux Tuileries à la suite de Pierre Verlet et, plus tard, à l’hôtel de Coigny, elle a fait l’objet d’une étude publiée en octobre 2024 dans la revue L’Objet d’Art par Renaud Serrette, inspecteur des collections au Mobilier national : « Le mystère des doubles G couronnés enfin élucidé ».

Fondée sur les archives du Garde-Meuble conservées aux Archives nationales (séries O1 et O2) et sur un large corpus de meubles, l’étude établit qu’il s’agit bien de deux G. Elle y voit la marque du Garde-Meuble de la Couronne lui-même, apposée sur des meubles livrés directement par les artisans, en cours de transfert entre deux affectations ou conservés dans ses magasins ; ce qui expliquerait sa présence sur des pièces jamais entrées dans la résidence qu’on lui prêtait, et son absence sur d’autres, pourtant documentées dans cette résidence.

L’étude distingue de ce double G de véritables déclinaisons géographiques, réunies dans le tableau ci-dessous avec le niveau de certitude que leur donne la recherche.

Quelques marques du Garde-Meuble et leur interprétation actuelle
MarqueInterprétationNiveau de certitude
GG couronnéMarque du Garde-Meuble de la Couronne : meuble livré, transféré ou conservé dans ses magasins ; ne désigne pas une résidence préciseInterprétation proposée en 2024 par Renaud Serrette
VV couronné (lu « W »)Marque associée à Versailles, selon le principe de l’initiale (ici doublée)Système décrit par l’étude ; chaque fer reste à comparer
F, LM, BV couronnésFontainebleau, La Muette, BellevueSystème décrit par l’étude
C.T. couronnéPetit TrianonMarque peinte décrite par la Wallace Collection
FG couronnéGarde-meuble de Fontainebleau (batterie de cuisine) ; relevé aussi sur une table à jeux conservée au châteauFormulé par l’étude, avec un exemple conservé
GW couronné, GCLinge des garde-meubles de Versailles (sous Louis XVI) et de CompiègneMarques textiles, décrites par l’étude
P à l’encrePourrait correspondre au garde-meuble de ParisHypothèse formulée avec prudence par la recherche
DE (lettres entrelacées)Directoire exécutif (1795-1799) ; selon l’étude, surtout les meubles demeurés dans les réservesMarque relevée par une notice du Mobilier national (voir plus bas)

L’auteur présente lui-même plusieurs de ces identifications comme des hypothèses, et le

Mobilier national prépare un catalogue des marques du Garde-Meuble royal, impérial puis national : ces lectures sont celles de l’état actuel de la recherche. Même une marque célèbre peut changer de sens avec l’avancée des archives.

Marques aux fers - Dos en bois d’un meuble ancien portant une marque au fer, des traces d’encre et une étiquette vieillie.

Les garde-meubles de la reine

La reine disposait d’un garde-meuble particulier, distinct de celui de la Couronne. Sa marque la plus caractéristique est circulaire : le monogramme MA couronné, entouré de la légende « GARDE MEUBLE DE LA REINE ». Le Metropolitan Museum la décrit au dos du secrétaire de Marie-Antoinette cité plus haut, Waddesdon Manor sous une table à écrire de Riesener, la Wallace Collection sur le secrétaire du Petit Trianon, à côté des initiales C.T. ; le château de Versailles l’a relevée sur la table de lit livrée par Riesener en 1784, revenue à Versailles en 2023.

Une autre marque, « GR » couronné, se rencontre associée à une lettre de résidence. La Société des Amis de Versailles la décrit sur un écran de cheminée vers 1760 marqué « GR/F », qu’elle rattache au garde-meuble particulier de la reine Marie Leszczynska, installé au couvent des Récollets ; le même écran porte en outre deux marques circulaires « GARDE MEUBLE DE LA REINE / MA ». Un même objet peut ainsi porter les marques de deux garde-meubles de reine.

Ces marques sont parmi les plus imitées : les faussaires des sièges vendus comme provenant de Versailles avaient doté leurs fabrications d’une fausse marque du garde-meuble de la reine, affaire jugée en 2025 et détaillée dans notre dossier sur le faux mobilier ancien. Dessin, taille et réaction du fer dans le bois se comparent donc aux exemplaires documentés.

Les maisons princières : Penthièvre, Condé

Les grandes familles aux résidences multiples ont organisé leur propre garde-meuble sur le modèle de la Couronne.

Le duc de Penthièvre : l’ancre du grand amiral

Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre (1725-1793), fils du comte de Toulouse, était grand amiral de France ; il possédait notamment Rambouillet (cédé à Louis XVI en 1783), Sceaux, Anet, Amboise et l’hôtel de Toulouse à Paris. Ses meubles portent une ancre de marine, que l’on rattache à sa charge de grand amiral : la maison de ventes Rouillac, à propos du mobilier d’Amboise et de Chanteloup, décrit une ancre sous une couronne fermée, complétée de lettres de résidence qu’elle lit avec prudence : « AB », probablement Amboise, « CP », possiblement Chanteloup, domaines acquis par le duc en 1786.

Sur une commode de Léonard Boudin passée chez Artcurial en 2014, le catalogue relève l’estampille « L. BOUDIN » et une marque au fer du garde-meuble du château d’Anet, les lettres « AT » encadrant une ancre de marine, et présente la provenance avec réserve (« probablement » la comtesse de Toulouse, puis le duc de Penthièvre à Anet). L’estampille renvoie au maître, la marque au lieu et à son propriétaire. Faute de notice muséale trouvée sur ces marques princières, elles sont citées d’après des catalogues de vente et restent à confronter, pièce par pièce, aux inventaires de la maison.

Chantilly et les princes de Condé : une provenance à démontrer au cas par cas

Le château de Chantilly, résidence des princes de Condé, a été pillé à la Révolution et son mobilier dispersé ; il a été remeublé au XIXe siècle par le duc d’Aumale, qui l’a donné à l’Institut de France en 1886. Le château présente son mobilier en ce sens : le meuble minéralogique de Haupt est « l’un des rares meubles des princes de Condé » revenus après la Révolution, le bureau plat de Boulle, confisqué en 1793, a été envoyé à Versailles en 1834, et le duc d’Aumale a réuni à Chantilly des meubles d’origine royale.

Un meuble conservé à Chantilly n’est donc pas forcément un meuble des Condé ; et nos recherches n’ont pas permis d’identifier, dans une source accessible, une marque au fer propre à leur mobilier. Une provenance « Condé » se démontre par un inventaire, une archive de vente ou une publication identifiant la pièce.

Marques aux fers - Dessous d’un fauteuil ancien en bois doré, montrant une marque de propriété sur une traverse 1

De la Révolution au Mobilier national : une marque par régime

Le décret de la Convention du 10 juin 1793 ordonne l’inventaire et la vente du « mobilier du garde-meuble national & de la ci-devant liste civile », les objets d’art étant soumis à l’examen de la Commission des monuments ; à Versailles, selon le château de Versailles, plus de 17 000 lots sont dispersés à la fin de l’été 1793, et seul le bureau du roi d’Oeben et Riesener échappe aux ventes parmi les pièces majeures. Le secrétaire de Marie-Antoinette du Metropolitan Museum sert, lui, à payer un fournisseur, Abraham Alcan. Supprimé en mai 1798, le Garde-Meuble renaît en 1800 sous le nom de Garde-Meuble des Consuls, puis devient en 1804 le Mobilier impérial ; les régimes suivants redistribuent ce mobilier, et chaque administration laisse ses marques sur des meubles qui en portaient déjà, comme le montrent les notices du Mobilier national :

Des fleurs de lys sur un meuble Empire ne contredisent donc pas son époque : elles peuvent signaler un inventaire postérieur. C’est l’hypothèse que formule notre dossier sur le mobilier Directoire, Consulat et Empire à propos d’un fauteuil marqué « FON » sous des fleurs de lys couronnées, et que la notice du Mobilier national rend plausible ; elle reste à vérifier meuble par meuble. Voir aussi notre dossier sur le mobilier Charles X et Restauration. Les lettres « EL.B » peuvent être rapprochées du nom d’Élysée-Bourbon : hypothèse de lecture, que seul l’inventaire confirmera.

Repères : qui marque, et comment, de Louis XIV à la IIIe République
PériodeAdministrationMarques le plus souvent rencontréesCe qu’elles permettent de chercher
1663-1792Garde-Meuble de la Couronne, de la reine, des princesNuméros peints ; lettres de résidence couronnées ; GG ; MA couronné ; ancre de PenthièvreJournal du Garde-Meuble ; inventaires des résidences et des maisons
1793-1799Ventes révolutionnaires ; Garde-Meuble national ; DirectoireLettres DE entrelacéesProcès-verbaux de vente, registres des dépôts
1800-1870Garde-Meuble des Consuls, Mobilier impérial, Mobilier de la CouronneAbréviations de palais au fer ou au pochoir ; sous la Restauration, ovales fleurdelisés couronnés (FON, E.F., MEV) ; séries de pochoirs (Fontainebleau 1817, 1832, 1850, 1855 ; LB pour Lamotte-Beuvron)Inventaires successifs de chaque palais
Après 1870Garde-meuble, puis Mobilier nationalNuméros d’inventaire précédés de GME ou GMT, au pochoirLa base de collection du Mobilier national

Ce tableau oriente, il ne date pas : les pratiques ont varié d’une résidence et d’une décennie à l’autre, et la date d’une marque se vérifie dans l’inventaire auquel elle renvoie. Pour les numéros GME ou GMT, une remarque s’impose : les collections du Mobilier national relèvent du domaine public, et la sortie d’un objet suppose une procédure de déclassement (décision du 29 janvier 2016). Un meuble portant un tel numéro pose d’abord la question de son statut, que seule l’institution peut confirmer.

Lire un meuble à plusieurs marques

Un meuble royal qui a traversé les régimes porte souvent plusieurs strates de marques. Selon le Louvre, la commode de Riesener commandée en 1785 pour le salon des Nobles de la reine part aux Tuileries en 1789, passe au Palais-Royal, à Fontainebleau en 1810, au Mobilier national, puis au Louvre en 1901 : chaque étape a pu laisser sa marque. Lire un tel meuble, c’est reconstituer un parcours.

  1. Relever toutes les marques : marbre déposé, tiroirs sortis, siège retourné ; emplacement, support, couleur et dimensions de chacune.
  2. Classer par support : les marques d’un même inventaire partagent souvent le support et la couleur.
  3. Établir un ordre relatif : une marque barrée a été remplacée ; un pochoir posé sur une étiquette lui est postérieur.
  4. Chercher le document de chaque strate, en commençant par la plus précise.

La marque la plus prestigieuse n’est pas toujours la plus utile : un numéro du XIXe siècle peut conduire à un registre qui mentionne la provenance royale.

Confronter une marque à l'inventaire

La marque fournit une adresse (une résidence, un numéro, une date), l’inventaire une description ; on vérifie que la description correspond au meuble.

  • Ancien Régime : Journal du Garde-Meuble et inventaires des résidences (Archives nationales, série O1 ; copie du Journal à la BnF), ouvrages de Pierre Verlet sur le mobilier royal.
  • XIXe siècle : inventaires successifs des palais, dont les pochoirs donnent la clé ; études d’Aleth Tisseau des Escotais et de Mathieu Caron sur le Garde-Meuble.
  • Comparaison : notices des musées et base du Mobilier national, qui décrivent les marques de meubles documentés.

La commode de Bernard II van Risenburgh livrée en 1745 pour la chambre de la dauphine montre une confrontation réussie : le château de Versailles explique qu’un numéro relevé au dos a été rapproché d’une entrée du Journal décrivant une commode en ancien laque du Japon à fond noir, pagodes, oiseaux et animaux, ce qui a établi sa provenance en 1998 (voir notre dossier sur le mobilier Louis XV).

Trois réserves : tous les registres ne sont pas conservés ; une description peut convenir à plusieurs meubles d’un même modèle ; un numéro peut avoir été reporté. La confrontation donne une probabilité, forte ou faible selon la précision de la description.

Une marque, un numéro ou une étiquette à faire vérifier ? Photographiez chaque marque en lumière rasante, avec une vue qui la situe et une réglette. Galerie L’Atrium la compare aux exemplaires documentés et vous dit quel inventaire pourrait la confirmer.

Faire vérifier une marque sur WhatsApp

Ce qu'une marque prouve, et ce qu'elle ne prouve pas

Portée d’une marque de propriété authentique
Ce qu’elle peut établirCe qu’elle n’établit pas à elle seule
Le passage de la pièce de bois qui la porte dans une administration, une résidence ou une maisonLe passage de tout le meuble : une traverse ou un tiroir peuvent venir d’ailleurs
Un lieu ou une administration à un moment de l’histoire du meubleLe lieu de livraison d’origine, ni le commanditaire
Une piste d’archives (registre, inventaire)La concordance avec ce registre, qui reste à vérifier
L’ancienneté de la pièce marquéeL’auteur du meuble ou son intégrité

 

Plusieurs situations expliquent qu’une marque ne suffise pas :

  • Les marques imitées, reproduites avec des fers neufs sur des meubles étrangers aux collections désignées ; les techniques relèvent de notre dossier sur le faux mobilier ancien et ses montages.
  • Les marques reportées : une pièce de bois marquée, prélevée sur un meuble démonté, peut être réemployée dans un autre.
  • Les meubles transformés : les palais eux-mêmes ont adapté, recoupé ou regarni des meubles d’un règne à l’autre (voir restauration et valeur).
  • Les marques de passage : comme le double G, une marque administrative peut signaler un séjour en magasin sans dire où le meuble a servi.

D’où la formule que Galerie L’Atrium — Marc Ravet, antiquaire expert, applique à chaque dossier : on n’expertise pas un fer, on expertise un meuble qui porte un fer. Sur le plan juridique, la formulation d’une provenance ou d’une attribution dans une description de vente engage une prudence particulière ; lorsqu’un doute subsiste sur l’authenticité d’une marque, il doit être explicitement formulé. Le décret n° 81-255 du 3 mars 1981, dit décret Marcus, encadre les dénominations employées dans ces ventes. Son article 3 attache une garantie d’auteur à la mention d’une signature ou d’une estampille ; il ne vise pas directement les marques de propriété. Une provenance annoncée relèverait plutôt des mentions de la description, comme la référence à une époque (article 2), et de l’obligation générale de décrire exactement l’objet vendu ; la qualification exacte relève des juristes.

L’œil de l’expert

Pour Galerie L’Atrium, une marque au fer se juge d’abord sur son bois. Plusieurs indices peuvent converger vers une brûlure ancienne, sans être ni systématiques ni suffisants isolément : une teinte fondue dans la patine du bâti, un encrassement au fond des lettres, des bords adoucis par l’usure, un léger retrait du bois. Une marque très noire, très nette ou posée sur une surface fraîchement grattée appelle un examen plus poussé, sans constituer une preuve. Nous vérifions ensuite que la pièce marquée a les mêmes traces d’outils et la même oxydation que ses voisines : sur une traverse rapportée, une marque authentique peut raconter l’histoire de la traverse plutôt que celle du meuble.

Marques aux fers - Détail d’une marque au fer usée sur une traverse en bois patiné d’un siège ancien.

Erreurs fréquentes

  • Confondre une marque brûlée et une estampille : l’une désigne un lieu ou un propriétaire, l’autre un maître.
  • Lire une couronne comme une preuve royale : des couronnes surmontent aussi des marques princières, administratives ou du XIXe siècle.
  • Dater un meuble par sa marque la plus récente : un ovale fleurdelisé sur un siège Empire peut renvoyer à un inventaire postérieur, et non à sa fabrication.
  • Effacer ou repeindre un numéro : un pochoir à demi effacé peut être la seule clé vers un registre.
  • Conclure sans document : sans inventaire, archive ou publication identifiant la pièce, une provenance reste une hypothèse.

Exemple pédagogique : un double G couronné à replacer dans l'histoire d'un meuble

Situation représentative des expertises de Galerie L’Atrium, présentée à titre pédagogique ; elle ne décrit pas un dossier client particulier.

Lors d’une expertise, une marque au fer attire l’attention : un double G couronné, brûlé sur une partie du meuble. Pour le propriétaire, elle évoque les collections de la Couronne. On observe d’abord le fer : proportions, disposition des deux G, couronne, emplacement, manière dont il a été appliqué.

Longtemps rattachée aux Tuileries, la marque est aujourd’hui lue, après l’étude de Renaud Serrette, comme celle du Garde-Meuble lui-même : elle signale un passage dans son circuit, sans établir que le meuble a appartenu au roi ou à la reine, ni qu’il a été affecté à une résidence précise. L’examen se poursuit donc sur toute la pièce, puis sur la documentation disponible.

La question décisive est : « cette marque appartient-elle à l’histoire de ce meuble ? ». Lorsque marque, construction, matériaux, chronologie et document concordent, l’indice pèse lourd dans l’attribution et l’estimation ; isolée, une marque prestigieuse reste une piste.

Estimation et rachat

Une provenance ne s’ajoute pas au prix d’un meuble : elle se démontre avant d’être estimée. C’est pourquoi la marque est relevée, identifiée et confrontée aux archives avant tout chiffre, et un meuble marqué mais non documenté estimé pour ce qu’il est.

Galerie L’Atrium expertise et rachète au comptant le mobilier ancien, marqué ou non, après examen à domicile gratuit et sans engagement, sans obligation de vente. Selon votre région : antiquaire à Paris, en Île-de-France, dans le Var et dans les Alpes-Maritimes. Les modalités figurent sur notre page vendre un meuble ancien au comptant ; pour comparer les circuits, voir enchères ou rachat direct.

Un meuble de famille réputé « venir d’un château » ? Galerie L’Atrium se déplace à Paris, en Île-de-France, dans le Var et les Alpes-Maritimes pour examiner le meuble et ses marques. Pour une succession, voir notre dossier mobilier et succession.

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Téléphone : 06 74 06 11 94 · Bureaux : 128 rue de la Boétie, 75008 Paris (réception sur rendez-vous) · Également présents sur notre stand au centre commercial Carrefour d’Antibes.

Questions fréquentes

Une marque au fer identifie-t-elle l’ébéniste qui a fabriqué le meuble ?

Non. Une marque de propriété renvoie à un propriétaire, une résidence ou une administration ; le maître se lit dans l’estampille, frappée à froid, et le contrôle corporatif dans le poinçon JME.

Que signifie un double G couronné sur un meuble ancien ?

Selon l’étude publiée en 2024 par Renaud Serrette (Mobilier national), c’est la marque du Garde-Meuble de la Couronne lui-même, apposée lors d’une livraison, d’un transfert ou d’un séjour en magasin ; elle n’indique pas à elle seule une résidence.

Que veut dire un W couronné sous un meuble ?

Il s’agit en principe de deux V, initiale doublée de Versailles. La marque situe le meuble à Versailles à un moment de son histoire ; elle se compare aux fers documentés et se rapproche d’un inventaire.

Comment reconnaître la marque du garde-meuble de Marie-Antoinette ?

Sa forme la plus connue est un monogramme MA couronné entouré de la légende « GARDE MEUBLE DE LA REINE ». C’est aussi l’une des marques les plus imitées : son dessin et sa réaction dans le bois se comparent aux exemplaires de musée.

À quoi correspond un numéro peint sous le plateau d’un meuble ancien ?

Ce peut être un numéro du Journal du Garde-Meuble, un numéro d’inventaire de palais, ou un numéro de marchand ou de vente. Seule la confrontation avec le registre correspondant permet de trancher.

Des fleurs de lys sur un meuble Empire, est-ce suspect ?

Pas en soi : la Restauration a inventorié les meubles impériaux avec ses propres marques, comme les ovales fleurdelisés « FON » ou « E.F. » décrits par le Mobilier national sur des sièges Jacob. La marque se date par l’inventaire auquel elle renvoie.

Une marque royale ou princière garantit-elle l’authenticité d’un meuble ?

Non. Des marques ont été imitées ou reportées, et une marque authentique ne couvre que la pièce de bois qui la porte. Une provenance s’établit par la concordance entre la marque, le meuble et un inventaire, une archive ou une publication.

À propos de l'auteur

Au sein de Galerie L’Atrium, fondée en 2015 et qu’il dirige depuis, Marc Ravet, antiquaire expert fort de plus de 30 ans d’expérience, intervient dans l’expertise, l’estimation et le rachat de mobilier ancien et du XXe siècle, objets d’art, bronzes, tableaux, bijoux, argenterie et objets de collection.

Sa pratique des foires en France, en Europe et aux États-Unis nourrit les analyses publiées par la galerie. Découvrir son parcours.

Galerie L’Atrium — 128 rue de la Boétie, 75008 Paris (bureaux, réception sur rendez-vous) · 06 74 06 11 94 · galerielatrium@gmail.com · 8h30–20h, 7j/7

Voir aussi

Ce satellite s’inscrit dans notre dossier consacré au mobilier ancien et de collection. Pour prolonger la lecture :

Retrouvez également les articles de l’expert de Galerie L’Atrium consacrés au mobilier et aux objets d’art.

Sources et références

Études et ouvrages

  • Renaud Serrette, « Le mystère des doubles G couronnés enfin élucidé », L’Objet d’Art, octobre 2024 (présentation de l’article).
  • Aleth Tisseau des Escotais, Le Garde-Meuble sous la Révolution et l’Empire, Paris, CTHS, 2020, 254 p. (présentation, Fondation Napoléon).
  • Mathieu Caron, Du palais au musée. Le Garde-Meuble et l’invention du mobilier historique au XIXe siècle, Dijon, Faton, 2021, 496 p. (présentation, Fondation Napoléon).
  • Pierre Verlet, Le Mobilier royal français, t. II, Meubles de la Couronne conservés en France, avec une étude sur le Garde-Meuble de la Couronne, 2e édition, 1992 (compte rendu dans Dix-huitième Siècle, n° 25, 1993, Persée).
  • Journal du Garde-Meuble de la Couronne (1666-1784), copie manuscrite, Bibliothèque nationale de France, Manuscrits, NAF 20007-20008 ; original aux Archives nationales, O1 3304 (notice AGORHA, INHA).
  • Emmanuel Pénicaut, directeur des collections du Mobilier national, entretien sur la correspondance de Duroc et l’histoire du Mobilier national, Fondation Napoléon, octobre 2023 (entretien).

Collections et notices consultées

Marché et presse spécialisée

Textes

  • Convention nationale, Décret … du 10 juin 1793 … relatif à la vente du mobilier du garde-meuble national & de la ci-devant liste civile, Paris, Imprimerie nationale exécutive du Louvre, n° 1019, 16 p. (exemplaire numérisé de la Newberry Library).
  • Légifrance — décret n° 81-255 du 3 mars 1981 sur la répression des fraudes en matière de transactions d’œuvres d’art et d’objets de collection : texte intégral ; article 3.