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Objets de lettré et tabatières chinoises : identifier, dater, estimer

Pierres à encre, pots à pinceaux, sceaux, pierres de lettré, tabatières en verre, overlay ou peintes à l'intérieur : identifier, dater, estimer.

En bref. Objets de lettré et tabatières chinoises : dater, estimer

Pierres à encre, pots à pinceaux, sceaux, pierres de lettré et tabatières s’estiment d’abord par leur matière et la qualité de leur travail, ensuite par leur ancienneté et leur intégrité.

L’usure aux points de contact, le travail des intérieurs, un bouchon, une cuillère, un socle ou une boîte d’origine orientent la datation, sans qu’aucun indice suffise seul. Ne lavez, n’huilez et ne séparez rien avant l’expertise.

Une tabatière, une pierre à encre, un sceau ou un pot à pinceaux à faire examiner ? Photographiez l’objet entier, sa base, le bouchon et sa cuillère posés à côté s’ils se retirent sans effort (ne forcez jamais un bouchon bloqué), un détail du décor et, s’il existe, le socle ou la boîte : nous vous dirons ce que ces éléments laissent voir, et ce qu’il faudrait vérifier sur place.

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1. Le studio du lettré : les objets et leur fonction

Le lettré chinois, fonctionnaire recruté par concours ou amateur cultivé, écrivait, peignait et recevait dans son cabinet de travail. Au centre de ce cabinet se trouvaient les « quatre trésors du lettré », wenfang sibao 文房四寶 : selon le National Museum of Asian Art (Smithsonian), le pinceau, le bâton d'encre, le papier et la pierre à encre, outils communs de la peinture et de la calligraphie. Autour d'eux s'est développée une foule de petits objets : pots et rince-pinceaux, repose-pinceaux, compte-gouttes, presse-papiers, repose-poignets, sceaux, boîtes à pâte à sceau, pierres de contemplation sur leur socle. Chacun a une fonction précise, et c'est elle qui explique où l'usure doit se trouver.

Faits dans presque toutes les matières, ces objets ont été copiés et produits en série jusqu'à aujourd'hui. L'expertise identifie la matière et la technique, puis situe l'objet entre production lettrée ancienne, production impériale, objet décoratif des XIXe-XXe siècles et reproduction récente.

Les objets du studio du lettré : repères indicatifs (chaque forme a été reproduite à toutes les époques ; aucune ne date un objet à elle seule)
ObjetNom chinoisFonctionMatières fréquentesCe que nous examinons
Pierre à encre硯 yanBroyer l'encre avec de l'eau, la retenir dans un réservoirPierre de Duan 端, de She 歙, parfois céramiqueCreux d'usure de la table de broyage, résidus d'encre, inscriptions, boîte
Bâton ou galette d'encre墨 moÊtre broyé sur la pierreSuie de pin ou noir de fumée et colle, parfois doréMoulage, nom du fabricant, usure d'une extrémité, fissures
Pot à pinceaux筆筒 bitongRanger les pinceaux deboutBambou, bois dur, porcelaine, jade, laqueProfondeur et netteté de la taille, intérieur, base, usure de la lèvre
Rince-pinceaux筆洗 bixiLaver le pinceauPorcelaine, jade, pierre dure, bronzeUsure de l'intérieur et de la base, éclats
Compte-gouttes, pot à eau水滴, 水丞Verser quelques gouttes d'eau sur la pierrePorcelaine, bronze, jadeOrifices, usure du bec, couvercle ou cuillère
Repose-pinceaux筆架 bijiaPoser le pinceau chargé d'encrePorcelaine, bronze, pierre, boisTraces d'encre, usure des creux
Presse-papiers鎮紙 zhenzhiTenir la feuille à platBronze, jade, pierre, boisPoids, usure du dessous
Repose-poignet臂擱 bigeSoutenir le poignet sans tacherBambou, bois, ivoireUsure du dessus lisse, décor du dessous
Sceau印 yinImprimer un nom ou une deviseStéatites (Shoushan, Changhua…), jade, métalFace gravée, prise sculptée, inscription latérale, restes de pâte
Pierre de lettré供石 gongshiÊtre contempléeCalcaires (Lingbi…), autres pierres naturellesPierre naturelle ou retaillée, socle ajusté

2. Pierres à encre et bâtons d'encre

La pierre à encre 硯

Le Smithsonian rappelle que la pierre sert à la fois de surface pour broyer l'encre solide et de réservoir. Deux pierres dominent : celle de Duan, extraite autour de la rivière Duanxi à Zhaoqing (Guangdong), que l'Asian Civilisations Museum de Singapour décrit comme une pierre au grain fin, tenue depuis des siècles pour la meilleure de toutes, appréciée pour ses taches vertes et ses « yeux » naturels ; et celle de She, dans l'Anhui, plus sombre.

Pierre à encre chinoise ancienne avec bâton d’encre et pinceaux de calligraphie sur un bureau traditionnel de lettré

Le Musée du Palais de Pékin a prêté au Kunsthistorisches Museum de Vienne, en 2025-2026, une pierre de She de l'époque Qianlong avec son coffret chauffant en cuivre doré, inscrite comme faite « à l'imitation de l'antique » : la pierre impériale elle-même revendique un modèle ancien.

Sur une pierre à encre, nous regardons la table de broyage, qui se creuse légèrement à l'usage, le réservoir et ses dépôts d'encre, la qualité de la taille, les inscriptions (poèmes, noms d'anciens possesseurs, parfois une marque de règne), et la boîte de bois ajustée qui l'accompagne souvent. Pierres teintées, inscriptions récentes et fausses « Duan » sont fréquentes.

Le bâton d'encre 墨

L'encre chinoise se présente en bâtons ou en galettes, faits, selon le Smithsonian, de suie de pin ou de noir de fumée mêlés de colle. Le British Museum rappelle qu'à la fin des Ming, Cheng Dayue 程大約 (1541-1616 ?) et Fang Yulu 方于魯 (1570-1619), de Shexian dans la préfecture de Huizhou (Anhui), étaient célèbres pour leurs galettes, et qu'ils publièrent leurs modèles dans deux recueils illustrés, le Fangshi mopu (1588) et le Chengshi moyuan (1606).

Le musée rappelle que la galette d'encre décorée, apparue dès les Tang, était devenue un petit art de collection. Le musée conserve une galette au nom de Cheng Dayue, datée de 1621. Les noms de ces fabricants, comme les marques impériales, ont ensuite été repris sur des encres bien plus tardives : un nom moulé n'est pas une date.

Un bâton ancien se lit à son moulage, à la netteté du décor, aux restes de dorure, à l'usure d'une extrémité s'il a servi, aux fines fissures du séchage et à sa boîte. L'encre craint l'eau et l'humidité : on ne la nettoie pas.

3. Pinceaux, pots à pinceaux, rince-pinceaux, compte-gouttes, repose-poignets

Le pinceau associe une touffe de poils, de cerf, de chèvre, de zibeline, de lapin ou d'autres animaux selon le Smithsonian, et un manche. Les poils d'un pinceau ancien sont presque toujours usés ou refaits : la valeur tient au manche, en bambou, en laque, en porcelaine, en émail cloisonné ou en pierre dure, et à son décor.

Le pot à pinceaux, bitong, est l'un des objets de lettré les plus répandus dans les familles. En bambou, il porte souvent un décor sculpté, dont la lecture est détaillée plus bas (section 6). En porcelaine, il relève de l'examen de la céramique (voir porcelaine chinoise : reconnaître et dater) ; en bois dur, de celui des bois (voir mobilier chinois).

Rince-pinceaux et compte-gouttes servaient à préparer l'encre ; repose-pinceaux et presse-papiers, à travailler proprement. Le repose-poignet, bige, évitait, rappelle le Metropolitan Museum, que l'encre fraîche ne macule la main. Le musée en conserve un en ivoire du XVIIIe ou du XIXe siècle sculpté pour imiter le bambou, matière modeste qui symbolisait l'intégrité, dont le paysage sculpté au revers restait caché pendant l'usage.

Deux leçons pour l'expertise : une matière peut en imiter une autre, et le décor le plus fin d'un objet de lettré n'est pas toujours sur la face visible. La nature de la matière d'un objet de ce type doit être établie avant toute transaction (section 14).

4. Sceaux et boîtes à pâte à sceau

Le sceau chinois porte, sur sa face, des caractères gravés à l'envers, le plus souvent en écriture sigillaire ; il est surmonté d'une prise, parfois sculptée d'un animal, et ses côtés peuvent porter une inscription du graveur. La lecture des empreintes de sceaux sur une peinture relève de notre dossier peintures et calligraphies chinoises ; ici, c'est l'objet qui compte.

Gros plan d’un sceau chinois sculpté en pierre de type Shoushan, surmonté d’un lion et orné de caractères sigillaires

Les stéatites, tendres et faciles à graver, dominent. La pierre de Shoushan, de la région de Fuzhou (Fujian), était la préférée de l'empereur Yongzheng : le Musée du Palais a prêté à Vienne un sceau carré de Shoushan à prise de dragons chi, « trésor du pinceau impérial de Yongzheng », dont l'empereur avait lui-même corrigé le dessin des caractères. La pierre dite « sang de poulet » de Changhua (Zhejiang), où le cinabre dessine des taches rouges, est une autre matière recherchée. Bien des stéatites ordinaires, parfois teintées, circulent sous ces noms prestigieux.

Sur un sceau, nous examinons la gravure de la face (aisance du trait, usure des arêtes), la qualité de la prise, l'inscription latérale, les restes de pâte rouge dans les creux, et la cohérence entre la pierre, le style et le nom gravé.

Un sceau au nom d'un personnage célèbre, d'un empereur notamment, est l'un des objets les plus imités ; les sceaux impériaux authentiques sont exceptionnels. La boîte à pâte à sceau, en porcelaine, en laque ou en métal, s'examine comme la matière dont elle est faite, avec son couvercle.

5. Pierres de lettré et socles

Les pierres de lettré, gongshi 供石, sont, selon le Metropolitan Museum, des pierres de forme, de texture et de couleur remarquables, jugées dignes du cabinet du lettré. Le musée en conserve une en calcaire de Lingbi (Anhui), datée des XVIIIe-XXe siècles, posée sur un socle en bois taillé précisément pour épouser sa base : la prudence de cette datation dit la difficulté de l'exercice. En France, le musée Guimet a consacré à ces pierres l'exposition « Rochers de lettrés. Itinéraires de l'art en Chine » (28 mars-25 juin 2012), qui rappelait qu'on réalisait dès les Ming, pour ces pierres, de petits socles en bois sombre.

Une pierre de lettré est d'abord une pierre naturelle, choisie, parfois légèrement retouchée. Nous regardons si la surface est restée naturelle ou si elle a été retaillée, percée ou teintée, et si le socle est ancien et ajusté à la pierre.

Un socle sculpté qui épouse exactement une base montre que les deux ont été associés à dessein ; le bois, la patine et l'usure du socle disent si cette association est ancienne ; un socle neuf ou fait pour un autre objet n'enlève rien à la pierre, mais se note.

6. Bambou, bois et corne sculptés

Le bambou, matière humble que les lettrés associaient à l'intégrité, a donné naissance à une véritable école de sculpteurs. L'Asian Civilisations Museum rattache à Jiading, près de Shanghai, l'école fondée par la famille Zhu, qui développa la sculpture en ronde-bosse, et décrit un pot à pinceaux du XVIIe siècle sculpté en bas relief par Wu Zhifan, qui succéda à cette école.

La tradition s'est poursuivie : le Metropolitan Museum conserve un repose-poignet en bambou gravé en 1929 par Jin Xiya, qu'il présente comme le meilleur sculpteur sur bambou de la Chine du XXe siècle, et des ateliers de Jiading la perpétuent aujourd'hui.

Un bambou sculpté se lit à la profondeur et à la netteté de la taille, aux plans du relief, à la patine, qui fonce et se polit avec le temps, aux fentes de retrait et à l'usure des arêtes. Une signature gravée sur un bambou n'est jamais une garantie : les grands noms ont été copiés. Le bois sculpté (racines, bois durs) suit le même examen, avec l'identification du bois (voir mobilier chinois ancien).

La corne, enfin, demande une identification avant tout le reste : une coupe ou un objet en corne de buffle ne relève pas du même régime qu'un objet en corne de rhinocéros, et l'apparence ne suffit pas à trancher (section 14).

7. Les tabatières : histoire, usages et matières

Le tabac à priser, mélange de tabac finement moulu et d'aromates, a été introduit en Chine, rappelle le Metropolitan Museum, par des missionnaires, des envoyés et des marchands européens dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et a vite gagné les fonctionnaires et l'empereur. Vers 1800, il avait atteint presque toutes les couches de la société. Les Chinois le conservaient non dans des boîtes, comme en Europe, mais dans de petits flacons fermés d'un bouchon, prolongé d'une petite cuillère : la tabatière chinoise, biyanhu 鼻煙壺, est un flacon.

Trois tabatières chinoises en verre rouge sculpté, agate veinée et porcelaine bleu et blanc, présentées côte à côte

Le Met souligne que les tabatières réunissent presque tous les arts chinois : pierre, porcelaine, ivoire, laque, métal, verre, peinture et calligraphie. Le Musée national du Palais de Taipei, qui en conserve une importante collection, cite le verre de toutes couleurs, les verres à couches superposées, les pierres dures, les émaux peints sur métal ou sur verre, la porcelaine, la calebasse, puis le verre peint à l'intérieur, et présente les émaux sur verre et sur cuivre de Yongzheng, puis les verres rouges, bleus rehaussés d'or et à couches superposées de Qianlong.

Les familles de tabatières : repères indicatifs (chaque famille compte des pièces impériales, des productions courantes et des copies ; aucune matière ne date une tabatière)
FamilleTechniqueCe qui comptePièges fréquents
Verre monochromeVerre soufflé ou moulé, souvent taillé et poli à froidCouleur, transparence, qualité de la tailleVerres modernes, bulles et coulures de moulage récent
Verre overlayUne ou plusieurs couches de couleur sur un fond, taillées en caméeNetteté du camée, nombre de couches, fond « neige » ou uniDécor moulé imitant la taille, couches collées
Émaux peintsÉmail peint sur verre, cuivre ou porcelaineFinesse de la peinture, marque, production de courMarques impériales apocryphes, émaux repeints
PorcelaineBleu et blanc, émaux, moulageQualité du décor et du moulage, piedPetites porcelaines adaptées en tabatières, copies moulées
Pierres duresAgate, quartz, cristal de roche, jade, taillés par abrasionQualité de la pierre, évidage de l'intérieur, poliVerre imitant la pierre, intérieur à peine creusé
Laque, bambou, calebasseLaque sculptée, bambou gravé, calebasse mouléeNetteté du décor, patineRésines moulées
Peinture intérieurePeinture à l'envers sur la paroi intérieure d'un verre ou d'un cristalPeintre, date inscrite, finesse, étatProduction touristique, signatures reprises

Les tabatières en pierre dure demandent un travail considérable : la pierre est usée par abrasion, et non taillée, comme le rappelle le Metropolitan Museum dans son essai sur les pierres dures chinoises, qui donne une petite tabatière en agate au profil simple comme l'idéal esthétique de cet art. L'évidage de l'intérieur, par une ouverture étroite, est un critère de qualité. L'identification d'une tabatière en jade relève de notre dossier jade chinois.

Attention enfin à la fonction : le Victoria and Albert Museum conserve une petite bouteille en porcelaine bleu et blanc vers 1700, aujourd'hui munie d'un bouchon de liège, qui a probablement été adaptée pour le tabac après sa fabrication.

8. Les productions impériales de Pékin

La cour des Qing a fait de la tabatière un objet de prestige. Ses ateliers, le Zaobanchu 造辦處, installés dans la Cité interdite sous Kangxi, produisaient et restauraient des objets pour l'empereur dans plus de soixante spécialités.

L'essai du Met sur les pierres dures rappelle que des ateliers furent établis au palais sous Yongzheng et Qianlong, avec des exigences de qualité très strictes. Pour le verre, le premier atelier de verre du palais fut fondé en 1696 sur ordre de l'empereur Kangxi et dirigé par un jésuite allemand, Kilian Stumpf ; les tabatières figurent parmi ses productions.

Le verre à couches superposées (overlay) en est l'une des spécialités. Le Musée du Palais a prêté à Vienne une tabatière en forme de poisson, en verre blanc à couches de verre rouge, marquée de Qianlong, dont la technique est consignée dans les archives des ateliers impériaux.

Le Corning Museum of Glass conserve une tabatière en verre des ateliers impériaux de Pékin, de l'ère Qianlong, dont la marque Qianlong nianzhi 乾隆年製 est gravée à froid sous la base, et qui a gardé son bouchon doré monté sur liège et sa petite cuillère.

Le mot « impérial » est pourtant l'un des plus galvaudés du domaine. Une marque de règne sur une tabatière ne prouve pas son origine : elle a été reproduite sur des productions plus tardives et sur des copies modernes.

L'attribution aux ateliers du palais repose sur la qualité de la matière et du travail, la cohérence de la marque avec le style et la technique, et la comparaison avec des pièces documentées. La lecture des marques est détaillée dans notre dossier marques de règne chinoises, et les émaux peints dans celui sur bronzes et émaux chinois.

9. Les tabatières peintes à l'intérieur : écoles et maîtres

La peinture intérieure, neihua 內畫, est née tard. Selon le Metropolitan Museum, peindre l'intérieur des tabatières fut une nouveauté du XIXe siècle : avec une plume de bambou coudée, l'artiste travaillait par l'étroite ouverture du col pour peindre ou calligraphier sur la paroi intérieure, à l'envers, ce qui se lit à l'endroit à travers le verre ou le cristal de roche.

Les maîtres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle signaient et dataient souvent leurs œuvres. Le Philadelphia Museum of Art conserve une tabatière à décor de lotus et de poissons rouges « peinte à l'été 1892 dans la capitale par Zhou Leyuan » 周樂元.

Le musée du Hunan, qui conserve une paire datée de 1906, présente Ye Zhongsan 葉仲三 (1869-1945), Zhou Leyuan et Ma Shaoxuan comme les trois représentants de l'école de Pékin, et Wang Xisan comme le fondateur de l'école du Hebei, héritière de Ye Zhongsan. L'Asian Civilisations Museum conserve une tabatière en cristal de roche datée de 1896 de Ma Shaoxuan 馬少宣 (1867-1939), qu'il compte parmi les plus accomplis techniquement de ces peintres.

La peinture intérieure ne s'est jamais interrompue : elle est aujourd'hui enseignée et pratiquée à grande échelle. Une signature de maître ancien, une date cyclique ou un sceau peint ne suffisent donc pas. Nous comparons le style, la finesse, la calligraphie de l'inscription, la cohérence entre date, signature et support, et l'état de la peinture, fragile et sensible à l'eau.

Le bouchon vient sans forcer ? Envoyer les photos de ma tabatière ou de mon objet de lettré — l'objet de face et de profil, la base, le bouchon et la cuillère posés à côté, l'intérieur à contre-jour pour une tabatière en verre, le socle ou la boîte, et les dimensions.

10. Les indices d'ancienneté

Un objet manié pendant des générations porte les traces de son usage, mais elles s'imitent : l'expertise vérifie qu'elles se trouvent là où la main, le pinceau ou l'encre ont réellement agi.

Indices d'ancienneté d'un objet de lettré ou d'une tabatière : repères indicatifs (aucun indice ne date seul ; c'est leur accord qui compte)
IndiceCe qu'il peut suggérerCe qu'il ne prouve pas
Usure aux points de contact (lèvre, base, arêtes, épaulement d'une tabatière)Un long maniement, si elle est logiqueL'âge, si elle est uniforme, présente dans les creux ou absente des zones exposées
Patine du bambou, du bois ou de la pierreUn vieillissement naturelL'âge, si elle est teintée, cirée ou huilée
Intérieur d'une tabatière bien évidé et poliUn travail soigné, coûteuxUne époque : les outils modernes évident aussi
Bouchon et cuillère ajustésUn ensemble cohérent, peut-être d'origineL'origine : bouchons et cuillères se remplacent et s'échangent
Socle ou boîte ajustés à l'objetUne association voulue, peut-être ancienneL'époque de l'objet : un socle peut être refait
Résidus d'encre ou de pâte à sceauUn usage réelL'ancienneté : un objet récent peut avoir servi
Marque, signature, date inscriteUne attribution à confronterÀ elle seule, rien : marques et signatures se copient

Le bouchon d'une tabatière mérite une attention particulière. Il était souvent fait dans une autre matière que le flacon (pierre dure, corail, verre, métal doré) et monté sur une tige, souvent de liège, portant la cuillère, comme sur la tabatière impériale du Corning Museum of Glass.

Un bouchon d'origine, ajusté au col et de même qualité, compte dans la valeur ; un bouchon remplacé n'enlève pas l'ancienneté du flacon, mais il se note. Nous vérifions aussi le col, la base et, sur un verre, les bulles et les traces de taille.

11. Copies, reproductions et objets recomposés

Copiés à toutes les époques, ces objets le sont massivement aujourd'hui. Il faut distinguer :

  • Les reprises anciennes : une pierre à encre Qianlong « à l'imitation de l'antique », une encre des Qing au nom d'un fabricant Ming. Elles ne sont pas des faux ; elles se datent pour ce qu'elles sont.
  • Les productions décoratives des XIXe et XXe siècles, honnêtes : tabatières moulées, pots à pinceaux de série, sceaux en stéatite ordinaire.
  • Les reproductions récentes, de qualité très variable : verres overlay moulés, tabatières peintes à l'intérieur en grand nombre, résines imitant l'ambre, le corail ou la pierre, bambous vieillis à la teinture, marques impériales ajoutées.
  • Les objets recomposés : flacon ancien sur un bouchon moderne, socle d'un autre objet, sceau ancien regravé à un nom plus vendeur, pierre ordinaire posée sur un beau socle.

Une copie ne devient un faux que présentée comme ce qu'elle n'est pas. Les techniques de tromperie et les examens scientifiques sont décrits dans notre dossier faux, copies et reproductions en art d'Asie.

12. Ce qui fait la valeur

  1. La matière, identifiée avec certitude : une pierre de Duan, une stéatite de qualité, une agate bien choisie, un verre impérial ne se comparent pas à leurs imitations.
  2. La qualité du travail : finesse et profondeur de la taille, évidage, netteté d'un camée, maîtrise d'une peinture intérieure.
  3. L'ancienneté réelle et la cohérence des indices.
  4. L'attribution : production de cour établie par comparaison, sculpteur ou peintre identifié, inscription ancienne cohérente.
  5. L'intégrité de l'ensemble : bouchon et cuillère, socle, boîte, couvercle d'origine.
  6. L'état : éclats au col ou au pied, fêles, restaurations, peinture intérieure altérée.
  7. La provenance : collection ancienne documentée, étiquettes, achat ancien prouvé.

Le 28 novembre 2011, à Hong Kong, Bonhams a vendu une tabatière en verre émaillé des ateliers impériaux de Qianlong, à décor de dames européennes, issue de la collection Mary et George Bloch, établissant un record mondial pour une tabatière à cette date (montant non repris, faute de précision sur les frais). Ce résultat est exceptionnel : il ne dit rien de la valeur probable d'une tabatière de famille, qui dépend des critères ci-dessus.

13. Les erreurs les plus fréquentes

Méthodologie de cette page

Les fonctions, matières, dates et attributions citées reprennent les notices et essais des musées indiqués ; les résultats de vente, rares, sont datés et présentés comme exceptionnels. Les gestes d'examen, les tableaux et la grille de valeur reflètent l'expérience de Galerie L'Atrium : des méthodes, non des règles infaillibles.

14. Matières réglementées et sortie du territoire

Les tabatières, repose-poignets, sceaux, coupes et boîtes en ivoire, en corne de rhinocéros ou en écaille relèvent d'un cadre réglementaire propre, détaillé dans notre dossier ivoire, corne, écaille : ce que la loi permet. Pour le corail, d'un bouchon par exemple, tout dépend de l'espèce : le corail rouge de Méditerranée n'est pas inscrit aux annexes de la CITES, mais certaines espèces du Pacifique y figurent depuis 2008.

Un objet présenté comme en os doit aussi être examiné : il peut s'agir d'ivoire. La possibilité de vendre dépend notamment de l'espèce, de l'ancienneté, de la nature de l'objet, de sa documentation et des autorisations éventuellement requises. Chaque pièce doit donc être examinée individuellement avant toute transaction. Galerie L'Atrium rachète de tels objets dans le cadre et lorsque la loi le permet.

La sortie de France et l'exportation hors de l'Union européenne obéissent à des régimes et à des seuils distincts, fixés selon la catégorie, l'âge et la valeur de l'objet ; certains objets, comme les objets archéologiques, sont contrôlés quelle que soit leur valeur. Ils se vérifient au cas par cas.

Selon la douane, une exportation hors de l'Union peut exiger un document national, une licence d'exportation européenne, ou les deux. Rester sous un seuil ne dispense pas des autres règles, notamment celles qui visent l'ivoire, la corne ou l'écaille. Le détail par catégorie figure dans notre dossier provenance, marché et exportation. Galerie L'Atrium ne rachète pas une pièce dont l'origine licite ne peut pas être établie lorsque la loi l'exige.

15. Estimation et rachat

Galerie L'Atrium expertise et rachète les objets de lettré et les tabatières chinoises : pierres à encre et bâtons d'encre, pots à pinceaux, rince-pinceaux, sceaux, pierres de lettré avec leurs socles, objets en bambou sculpté, tabatières de toutes matières, ensembles et collections.

La maison est spécialisée dans l'expertise et le rachat de gré à gré d'antiquités et d'objets d'art. L'examen commence sur photographies ; l'avis sur la matière, l'époque et l'intégrité se forme lors d'une expertise à domicile, gratuite et sans engagement : nous vous donnons une estimation motivée, objet par objet, et, lorsque l'enjeu le justifie, nous sollicitons un second avis indépendant.

Si vous acceptez notre offre, Galerie L'Atrium organise et prend en charge l'enlèvement et le transport des pièces rachetées, avec leurs bouchons, socles et boîtes. Une pièce d'identité est demandée au vendeur, conformément aux obligations du registre des objets mobiliers.

Au-delà de 5 000 €, la vente d'un objet d'art, de collection ou d'antiquité peut être soumise à la taxe forfaitaire applicable, avec possibilité, sous certaines conditions et sur justificatifs, d'opter pour le régime des plus-values. La fiscalité applicable est vérifiée au moment de la transaction (ministère de l'Économie).

Nous recevons sur rendez-vous dans nos bureaux du 128 rue de la Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris, et nous nous déplaçons :

Pour une collection reçue en héritage, voir art d'Asie dans une succession ; le déroulé d'un rachat est décrit sur notre page vendre un objet d'art d'Asie : expertise et rachat comptant. Vue d'ensemble : notre dossier général sur l'art d'Asie.

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Questions fréquentes sur les objets de lettré et les tabatières

Comment savoir si ma tabatière est ancienne ?

Par un faisceau d'indices : usure logique de la lèvre, des épaulements et du pied, travail de l'intérieur, qualité de la matière, cohérence du bouchon et de la cuillère. Aucun ne suffit seul ; une marque de règne, en particulier, ne date pas une tabatière.

Ma tabatière porte une marque Qianlong : est-elle impériale ?

Pas nécessairement. Les marques impériales ont été reproduites sur des tabatières plus tardives et sur des copies modernes. L'attribution aux ateliers du palais repose sur la matière, la qualité du travail et la comparaison avec des pièces documentées.

Une tabatière peinte à l'intérieur et signée est-elle de la main du peintre ?

Elle peut l'être, mais la peinture intérieure se pratique toujours et les signatures des maîtres de l'école de Pékin ont été reprises. Le style, la finesse, l'inscription et la cohérence de la date et du support décident.

Le bouchon de ma tabatière n'est pas d'origine : a-t-elle perdu sa valeur ?

Pas sa valeur entière. Un bouchon d'origine compte, mais beaucoup ont été remplacés au fil du temps ; c'est d'abord le flacon qui s'estime. Gardez tous les bouchons et cuillères que vous avez, même dépareillés.

Faut-il nettoyer une pierre à encre ou un pot à pinceaux en bambou avant de les montrer ?

Non. Les dépôts d'encre et la patine du bambou sont des indices ; un lavage, une huile ou une cire les effacent. Un dépoussiérage au pinceau doux suffit.

Un sceau en pierre a-t-il de la valeur ?

Cela dépend de la pierre, de la qualité de la gravure et de la prise, de l'inscription et de l'ancienneté. Bien des sceaux en stéatite ordinaire sont des objets modestes ; certains, en pierre de qualité ou gravés par un artiste connu, sont recherchés.

Peut-on vendre une tabatière ou un repose-poignet en ivoire ?

Parfois, et sous conditions strictes. Pour l'ivoire d'éléphant, il faut en principe établir que l'objet a été travaillé avant le 3 mars 1947 et obtenir un certificat intra-UE pour la transaction. La possibilité de vendre dépend notamment de l'espèce, de l'ancienneté, de la nature de l'objet, de sa documentation et des autorisations éventuellement requises. Chaque pièce doit donc être examinée individuellement avant toute transaction ; voir notre dossier sur l'ivoire et la corne.

Voir aussi

Sources et références

Sources principales

Toutes les sources consultées

Musées et institutions

Marché

Réglementation

Ouvrages (notices de vérification)

  • Hugh Moss, Victor Graham, Ka Bo Tsang, A Treasury of Chinese Snuff Bottles : notice de galerie.

Liens consultés en octobre 2026. Les datations, matières et attributions citées reprennent la formulation des institutions qui conservent les œuvres.

À propos de l'auteur

Galerie L'Atrium — Marc Ravet, antiquaire expert. Galerie L'Atrium a été fondée en 2015 et est dirigée depuis par son fondateur, antiquaire expert fort de plus de 30 ans d'expérience. La maison est spécialisée dans l'expertise et le rachat de gré à gré d'antiquités et d'objets d'art, dont les objets de lettré et les tabatières chinoises, lors de rendez-vous à domicile et d'événements d'expertise. Son expérience des foires en France, en Europe et aux États-Unis nourrit les analyses publiées dans ce dossier. Galerie L'Atrium, 128 rue de la Boétie, 75008 Paris (bureaux, réception sur rendez-vous) · 06 74 06 11 94 · galerielatrium@gmail.com · 8h30–20h, 7j/7.