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Mobilier chinois ancien : Mobilier chinois ancien - huanghuali, zitan, hongmu, laque — identifier, dater, estimer

Peintures chinoises et calligraphies : comment authentifier un rouleau, identifier les sceaux et inscriptions, reconnaître une reproduction et faire expertiser une œuvre ?

En bref. Mobilier chinois ancien : huanghuali, zitan, hongmu, laque — identifier, dater, estimer

En bref. Un meuble chinois ancien s’estime d’abord par son bois, ensuite par son intégrité.

Huanghuali et zitan désignent des bois précis mais sont souvent mal employés ; « hongmu » est un terme commercial qui recouvre près de trente espèces de bois. Le dessous du meuble, l’usure, l’état de la surface et la cohérence des assemblages renseignent mieux sur l’âge et les remaniements que le décor, sans qu’aucun indice suffise seul. Ne vernissez, ne cirez et ne poncez rien avant l’expertise.

Une table, un fauteuil, une armoire ou un paravent laqué à faire examiner ? Photographiez le meuble entier de face et de trois quarts, son dessous, un assemblage visible et un détail du bois ou de la laque : nous vous dirons ce que ces éléments laissent voir, et ce qu’il faudrait vérifier sur place.

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1. Huanghuali, zitan, hongmu, jumu : ce que recouvrent les noms des bois

Le mobilier chinois se lit d'abord par son bois. Le musée de l'université de Hong Kong rappelle que le meuble chinois est typiquement fait de bois massif, et non d'une structure cachée sous un placage décoratif comme souvent en Occident, et que les meubles domestiques les plus célèbres des Ming et des Qing étaient en huanghuali et en zitan. Ces noms, avec celui de hongmu, sont aussi parmi les plus mal employés du marché.

Le huanghuali 黃花梨

Le huanghuali (黃花梨, 黄花梨 en caractères simplifiés), littéralement « poirier à fleurs jaunes », est identifié par les musées comme Dalbergia odorifera : c'est ainsi que le Metropolitan Museum décrit une table à peindre de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle (1996.338). C'est donc un Dalbergia, le genre des palissandres, ce qui compte pour la réglementation (section 9). Selon TRAFFIC, il provient principalement du Vietnam, du Laos et des provinces chinoises de Hainan, du Guangxi et du Guangdong, et le commerce parle aussi de « huanghuali de Hainan » ; son prix brut serait passé d'environ 20 000 yuans la tonne en 2003 à 6 à 8 millions en 2013, d'après le rapport de TRAFFIC sur le marché chinois des palissandres (2022). D'où l'abondance des meubles neufs et des imitations.

Sur un meuble ancien, il va du miel à l'ambre et au brun rougeâtre, avec un veinage souvent très dessiné, parfois des nœuds en forme de visages, que le commerce appelle guilian 鬼臉 (« visages de fantômes »). Ces caractères orientent sans rien prouver seuls : d'autres bois s'en approchent, et une teinte s'imite.

Le zitan 紫檀 et le débat sur son identité

Le zitan est un bois très dense, brun violacé à presque noir, au grain serré. La norme nationale chinoise sur le hongmu le rattache à une seule espèce, Pterocarpus santalinus, le santal rouge du sud de l'Inde. Le mot est pourtant plus large que l'espèce.

Le spécialiste Curtis Evarts rapporte la distinction botanique faite par Zhou Mou entre le zitan « véritable », dit « à petites feuilles », et un zitan « à grandes feuilles » d'une autre espèce, tout en rappelant que le commerce a accepté depuis des siècles sous le nom de zitan une gamme plus large de bois. Le mot « zitan » écrit dans un catalogue ancien, une facture ou une tradition familiale est donc une désignation à vérifier, pas une identification botanique.

Le hongmu 紅木 : un terme commercial

Hongmu (紅木, 红木 en caractères simplifiés) signifie « bois rouge » : ce n'est pas une espèce. La Chine encadre ce terme par une norme nationale publiée en 2000 et révisée en 2017, qui retient, selon TRAFFIC, 29 espèces de cinq genres. Elle y range le zitan, les bois dits huali (des Pterocarpus), le bois « parfumé » où figure le huanghuali, des palissandres « noirs » et « rouges » (heisuanzhi 黑酸枝, hongsuanzhi 紅酸枝, dont Dalbergia cochinchinensis), des ébènes, et le jichimu 雞翅木, catégorie qui comprend même un bois africain, le wengé (Millettia laurentii).

Sur le marché des antiquités, « hongmu » désigne le plus souvent, faute de mieux, des meubles en bois rouge-brun et dense des XIXe et XXe siècles : le mot ne désigne ni une espèce, ni une époque, ni une qualité.

Jumu, jichimu, tielimu et bois laqués

Le jumu 櫸木, l'orme du Sud (Zelkova schneideriana), était un bois de meuble apprécié de la région de Suzhou. Le jichimu 雞翅木, au veinage en « ailes de poulet », et le tielimu 鐵力木, très dur, ont aussi servi. Les meubles laqués reposent le plus souvent sur des bois communs, entièrement couverts : la valeur tient alors surtout à la laque, même si certains, comme une table du Metropolitan Museum, sont laqués sur un bois dur.

Les bois du mobilier chinois : repères indicatifs (un nom commercial ne garantit jamais l'espèce ; une analyse en laboratoire peut la préciser, pas toujours jusqu'à l'espèce)
NomCaractèresCe que retiennent les sourcesAspect habituelCe que nous vérifions
Huanghuali黃花梨 (黄花梨)Dalbergia odorifera (palissandre)Miel à brun rougeâtre, veinage dessinéCohérence du bois sur tout le meuble, teinte ajoutée, bois d'imitation
Zitan紫檀Pterocarpus santalinus selon la norme chinoise ; usage historique plus largeBrun violacé à presque noir, très dense, grain serréDensité, surface, sculpture, bois noircis présentés comme zitan
Hongmu紅木 (红木)Terme commercial : 29 espèces de cinq genres dans la norme de 2017Rouge-brun à brun foncéÉpoque réelle, qualité de la construction, réglementation de l'espèce
Jumu櫸木Zelkova schneideriana, orme du SudBrun jaune à brun café, veinage ondéFormes classiques, usure d'usage, qualité des assemblages
Bois laqués—Bois communs sous la laqueLaque noire, rouge, dorée, incrustéeCouches, craquelures, repeints, re-laquage

À l'œil et à la loupe, on oriente une identification sans toujours la conclure : couleur, veinage, pores, densité ou odeur se trompent seuls, d'autant que teintures, vernis et cires ont modifié la surface. L'examen microscopique d'un prélèvement minuscule en zone cachée confirme en général le genre ; distinguer deux espèces proches, notamment de Dalbergia, n'est pas toujours possible ; la méthode et ses limites sont décrites dans notre dossier essences de bois et marqueterie. Aucun prélèvement ne se fait sans l'accord du propriétaire, et jamais par lui-même.

Détail macro comparant les veinages d’un bois de type huanghuali et d’un bois sombre de type zitan sur des meubles chinois

2. Les laques : sculptée, de Coromandel, noire et or, incrustée de nacre

La laque d'Asie de l'Est est, rappelle le Metropolitan Museum, une résine tirée de la sève très toxique de l'arbre à laque (Rhus verniciflua), appliquée en couches minces, chacune séchant dans une atmosphère chaude et humide. Sur un meuble, son vieillissement (craquelures, usure aux arêtes, manques) et ses reprises sont au cœur de l'examen.

La laque sculptée 雕漆

La laque sculptée, diaoqi, suppose une épaisseur de laque suffisante pour être taillée en relief. Le Victoria and Albert Museum conserve une table de l'époque Xuande (1426-1435), issue des ateliers impériaux de Pékin, qu'il tient pour sans doute la pièce la plus importante du mobilier chinois en laque : une centaine de couches de laque teintée au cinabre, soit au moins cent jours de séchage, sur une structure à cadres d'onglets et panneaux flottants.

Un article de la revue du Musée national du Palais de Taipei note que la laque sculptée officielle du début des Ming est presque toujours rouge (tihong 剔紅), à couches épaisses, en relief profond et soigneusement polie.

D'autres alternent couches noires et rouges, comme la boîte signée de l'artisan Wang Ming, de l'ère Hongzhi (1488-1505), que la Freer Gallery of Art décrit en laque sculptée noire et rouge (tihei). Sur un meuble, nous regardons la netteté et la profondeur de la taille, l'usure des reliefs, les éclats et leurs comblements, et la couleur des couches visibles dans les manques.

Les paravents de Coromandel 款彩

Le paravent dit « de Coromandel » est l'une des formes de mobilier chinois les plus présentes dans les collections et les intérieurs français. Sa technique, kuancai (« couleurs incisées »), était propre à la Chine selon le Victoria and Albert Museum : le décor est creusé dans une préparation faite de poussière de brique, de sang de porc et de laque, puis les creux sont remplis de laques colorées.

Le même musée, qui conserve un paravent à douze feuilles des années 1670-1690, relève qu'on parlait en 1688 de « Bantam work », d'après le port de Bantam, à Java, que la plus ancienne mention connue du terme « Coromandel » figure en 1782 dans un catalogue de vente parisien, et que de grands paravents ont été découpés pour en faire des lambris ou des meubles.

Le nom vient de la côte de Coromandel, au sud-est de l'Inde, où ces laques étaient débarquées des jonques chinoises pour passer sur les navires des compagnies des Indes. La Société des amis du musée Cernuschi précise, à propos du paravent du musée (règne de Kangxi, MC 9808), que ces objets ont été largement importés en Europe à partir du règne de Kangxi, puis installés dans de riches demeures ou démontés pour être réemployés en panneaux décoratifs par les ébénistes.

Le musée Guimet conserve un paravent à douze feuilles daté de 1725, sous Yongzheng, à fond d'or, dans un cadre de bois précieux (MA 4986). La production s'est poursuivie bien après : bien des paravents « de Coromandel » des familles datent des XIXe et XXe siècles.

Sur un paravent, nous examinons la continuité du décor d'une feuille à l'autre, le revers (souvent décoré, parfois d'une bordure d'« antiques »), les feuilles manquantes, ajoutées ou interverties, les cadres et charnières refaits, les repeints dans les creux et les panneaux recoupés. Les paravents peints sur soie ou sur papier relèvent de notre dossier peintures et calligraphies chinoises.

La laque noire et or 描金

Sur fond de laque noire ou rouge, le décor est peint à l'or (miaojin), parfois en léger relief, ou gravé et rempli d'or. Ce décor est fragile : l'or s'use aux points de contact, et il a souvent été « ravivé ». Une dorure trop fraîche, d'un jaune uniforme, sur une laque usée, appelle un examen à la loupe et en lumière rasante.

La laque incrustée de nacre 螺鈿

Le Metropolitan Museum rappelle que l'incrustation de nacre dans la laque s'est développée dès l'époque Song. Il conserve une table de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle dont le plateau porte de grandes pièces de nacre relativement épaisses, gravées et incrustées dans la laque couvrant un bois de palissandre (65.57). Nous vérifions les incrustations manquantes ou remplacées, leur fixation, les fissures de la laque autour.

Les meubles d'Indochine incrustés de nacre, plus récents et d'une autre tradition, sont traités dans notre dossier objets d'art d'Indochine. Lorsqu'une incrustation est en ivoire, en os ou en écaille, la nature de la matière doit être identifiée avant toute transaction : voir ivoire, corne, écaille : ce que la loi permet.

Détail du décor incisé et coloré d’un paravent chinois en laque de Coromandel, scènes de palais et fleurs sur fond noir

3. Assemblages sans clous ni colle : tenons, mortaises, onglets, panneaux flottants

Robert Jacobsen, alors conservateur des arts asiatiques du Minneapolis Institute of Art, résume ce système : la plupart de ces meubles sont construits à l'origine sans colle ni clous, grâce à un système élaboré d'assemblages à tenons et mortaises.

Le Victoria and Albert Museum ajoute, à propos d'un fauteuil en huanghuali, que ces assemblages, souvent chevillés, permettaient de démonter le meuble pour le transporter et laissaient le bois jouer sans se voiler ; l'accoudoir continu de ce fauteuil associe cinq pièces de bois, courbées par la taille et non à la vapeur.

Le principe des plateaux et des panneaux est le cadre à onglets : quatre traverses assemblées d'onglet par tenons et mortaises, rainurées à l'intérieur, dans lesquelles s'emboîte un panneau qui « flotte » pour suivre les variations d'humidité.

Le V&A décrit ainsi une table basse de lit (kang) d'époque Ming en huanghuali : cadre à onglets assemblé par tenons et mortaises, plateau d'une seule planche en panneau flottant, maintenu par trois traverses glissées en queue d'aronde sous le panneau. Le lit à alcôve en huanghuali du XVIe siècle du Nelson-Atkins Museum of Art se démonte lui aussi entièrement pour le transport (section 6).

Ce que nous examinons :

  • Les joints : tenons traversants visibles à l'extérieur, chevilles, retrait du bois autour des assemblages ; un joint ancien a généralement joué et est rarement parfaitement serré.
  • Les traces de colle moderne, de clous, de vis ou d'équerres : elles signalent presque toujours une réparation, sans condamner le meuble.
  • Le dessous et l'intérieur : traces d'outils, oxydation homogène des surfaces cachées, usure des entretoises où l'on pose les pieds.
  • Le revers des panneaux : un panneau d'origine a vieilli comme le cadre ; un revers plus clair, scié trop régulièrement ou teinté signale un remplacement.

Vous avez retourné le meuble ? Envoyer les photos du dessous et des assemblages — une vue d'ensemble, le dessous en lumière rasante, un angle où l'on voit le joint, le revers d'un panneau, les ferrures et les dimensions.

Assemblage traditionnel à tenon et mortaise sur un meuble chinois en bois massif, sans clou ni vis

4. Les formes : sièges, tables, rangements, lits, paravents, supports

Les formes du mobilier chinois ont été reproduites à toutes les époques : une forme seule ne date pas un meuble, mais elle oriente l'examen, chaque type ayant ses remaniements habituels.

Les principales formes du mobilier chinois : repères indicatifs (chaque forme a été reproduite à toutes les époques, jusqu'à aujourd'hui)
FamilleFormes et noms chinoisPoints d'examen
SiègesFauteuil à dossier en fer à cheval (圈椅 quanyi), fauteuil « chapeau de mandarin » (官帽椅 guanmaoyi), fauteuil pliant (交椅 jiaoyi), petit fauteuil à dossier bas (玫瑰椅 meiguiyi), tabouret (杌凳 wudeng)Accoudoirs et dossier d'une seule venue ou recomposés, assise refaite, pieds recoupés, paires reconstituées
TablesTable de lit (炕桌 kangzhuo), table à peindre (畫案 hua'an), table à rebords relevés (翹頭案 qiaotou'an), table carrée (方桌 fangzhuo), sellette à encens (香几 xiangji)Plateau d'origine ou remplacé, panneau flottant fendu ou changé, tablier refait, hauteur modifiée
RangementsArmoire à angles arrondis (圓角櫃 yuanjiaogui), armoire à chapeau (頂箱櫃 dingxianggui), étagère (架格 jiage), coffresPortes, panneaux et fonds remplacés, partie haute « mariée », ferrures changées
LitsLit de repos (羅漢床 luohanchuang), lit à baldaquin (架子床 jiazichuang), lit à alcôve (拔步床 babuchuang)Éléments de baldaquin et panneaux ajourés remplacés, cannage refait, lit transformé en canapé ou en table
ParaventsGrands paravents à feuilles (屏風 pingfeng), écrans de table sur piedFeuilles manquantes ou ajoutées, cadres refaits, panneaux découpés
SupportsSellettes et porte-vasques, socles et présentoirsPlateaux changés, socles séparés de leur objet ou attribués à un autre

Les petits socles et présentoirs d'objets d'art, souvent en zitan ou en bois dur, accompagnent porcelaines, jades et pierres de lettré : ils sont étudiés avec ces objets dans notre dossier objets de lettré.

5. Les époques : du Ming tardif au « style Ming » d'aujourd'hui

Ming tardif et début des Qing : l'âge classique

Le meuble en bois dur « classique » est associé à la fin des Ming et au début des Qing. Selon l'université de Hong Kong, l'empereur Longqing (1567-1572) leva des interdictions d'importer, ce qui rendit disponibles davantage de matériaux. Les datations des musées restent larges : fin du XVIe ou début du XVIIe siècle pour la table du Metropolitan Museum, 1600-1700 (« fin des Ming ou début des Qing ») pour le fauteuil du V&A.

Le musée de Shanghai, qui présente plus de cent meubles Ming et Qing, dont la collection de Wang Shixiang, caractérise le meuble Ming par une structure simple et élégante, des lignes fluides et des proportions harmonieuses, quand le meuble Qing est plus grand, plus imposant, abondamment sculpté et incrusté.

Les Qing : sculpture, zitan et laques de cour

Sous les Qing, les meubles s'alourdissent de sculptures, d'incrustations de pierres, d'émaux ou de nacre ; le zitan et les laques prennent une grande place dans les ateliers impériaux. Mais le huanghuali n'a pas disparu : au Philadelphia Museum of Art, le cabinet de lettré acquis à Pékin et daté de 1775-1779 réunit des panneaux laqués et un bureau en huanghuali. La cour elle-même transformait ses meubles : Curtis Evarts cite un ordre impérial de 1752 prescrivant de démonter les tiroirs et tablettes de grandes armoires en zitan pour en faire des tables.

XIXe et XXe siècles : exportation et hongmu

Le XIXe et le début du XXe siècle produisent en grand nombre des meubles en bois durs rouges ou noirs, souvent qualifiés de hongmu, abondamment sculptés, parfois incrustés de marbre ou de nacre, ainsi que des meubles et paravents laqués destinés à l'exportation. Ils ont leur marché et ne s'estiment pas comme un meuble classique en huanghuali.

Le « style Ming » contemporain

Les formes classiques sont aujourd'hui reproduites industriellement. Selon TRAFFIC, le commerce chinois des palissandres a atteint un sommet en 2013, et le seul district de Xianyou (Fujian) comptait environ 500 ateliers ou usines de meubles entre 2013 et 2018. Curtis Evarts constatait déjà que des reproductions vieillies artificiellement sont fréquemment vendues comme anciennes.

Un meuble « style Ming » récent, en bon bois, est un meuble honnête ; il ne devient un faux que présenté comme ancien. Les autres techniques de tromperie sont décrites dans notre dossier faux, copies et reproductions en art d'Asie.

Indices de datation d'un meuble chinois : repères indicatifs (aucun indice ne date seul ; c'est leur accord qui compte)
IndiceCe qu'il peut suggérerCe qu'il ne prouve pas
Forme dépouillée « Ming »Une tradition classiqueUne époque : la forme est copiée depuis des siècles
Bois identifié comme huanghualiUn meuble de qualité, potentiellement ancienL'ancienneté : du huanghuali neuf est encore travaillé
Usure aux points de contactUn long usage, si elle est logiqueL'âge, si elle est irrégulière, trop générale ou absente des zones cachées
Dessous oxydé et traces d'outilsUn vieillissement naturelL'intégrité : un meuble ancien peut avoir des parties neuves teintées
Assemblages sans clous ni colleUne construction traditionnelleL'ancienneté : les ateliers actuels assemblent de la même façon

6. Restaurations, remplacements, meubles mariés ou reconstitués

Un meuble qui a servi deux ou trois siècles a presque toujours été réparé. Les musées le montrent : le fauteuil du V&A a perdu son assise d'origine en natte de rotin, remplacée par un panneau de bois garni d'une natte ; le lit à alcôve en huanghuali du XVIe siècle du Nelson-Atkins Museum of Art repose sur une base et un baldaquin en bois tendre peint du XIXe siècle. Une restauration honnête, documentée et réversible n'ôte pas l'intérêt d'un meuble ; ce qui pèse, c'est la part d'origine.

Nous distinguons :

  • Les réparations d'entretien : cannage refait, chevilles remplacées, fente stabilisée, ferrure reposée. Elles sont attendues.
  • Les remplacements : plateau, panneau, porte, tablier, pied ou entretoise neufs ou pris sur un autre meuble. Ils se voient au revers, à la couleur du bois, aux traces d'outils et à l'usure.
  • Les transformations : pieds recoupés pour abaisser une table, lit transformé en banquette, armoire réduite, paravent recoupé en panneaux.
  • Les meubles « mariés » : deux éléments d'origines différentes réunis, comme une partie haute d'armoire à chapeau posée sur une armoire qui n'était pas la sienne, ou une paire reconstituée à partir de deux sièges dépareillés.
  • Les meubles reconstitués : un meuble « ancien » construit en partie ou en totalité avec des bois de récupération. Le vieux bois date le bois, pas le meuble.

La surface compte autant que la structure : Curtis Evarts observait que les meubles lourdement restaurés à la fin des années 1980 et au début des années 1990 tiennent mal leur valeur, et que les amateurs exigeants refusent les surfaces décapées de leur patine.

7. Ce qui fait la valeur

  1. Le bois, établi par un faisceau d'indices et, si l'enjeu le justifie, par une analyse : un meuble classique en huanghuali ou en zitan n'appartient pas au même marché qu'un meuble en bois commun.
  2. L'ancienneté réelle, cohérente avec la construction, l'usure et le vieillissement des surfaces cachées.
  3. L'intégrité : part d'origine, absence de remontage, de mariage ou de reconstitution.
  4. Les proportions et la qualité de dessin : à bois et époque égaux, c'est elles qui départagent deux meubles.
  5. La patine : une surface ancienne, non décapée, non revernie.
  6. La rareté de la forme et, pour les paravents, la complétude du décor et du nombre de feuilles.
  7. L'état de la laque, des incrustations et des ferrures.
  8. La provenance : achat ancien documenté, étiquettes, collections connues.

Un meuble du XIXe ou du XXe siècle en hongmu, un paravent laqué récent ou une reproduction « style Ming » se jugent, eux, sur la qualité de fabrication et l'état.

8. Les erreurs les plus fréquentes

Méthodologie de cette page

Les identifications de bois, les dates et les descriptions techniques reprennent les notices et essais des musées cités ; le cadre réglementaire s'appuie sur les textes et listes officiels, datés. Les gestes d'examen, les tableaux et la grille de valeur reflètent l'expérience de Galerie L'Atrium : des méthodes, non des règles infaillibles.

9. Réglementation des bois et sortie du territoire (état au 7 octobre 2026)

Huanghuali et autres palissandres (Dalbergia)

Toutes les espèces du genre Dalbergia, dont le huanghuali, sont inscrites à l'annexe II de la CITES, pour l'essentiel depuis le 2 janvier 2017 (annexe B du règlement européen), à l'exception du palissandre de Rio (Dalbergia nigra), inscrit à l'annexe I depuis 1992 (annexe A), selon la liste des essences protégées de l'Agence fédérale allemande pour la protection de la nature, à jour au 5 mars 2026. La base d'identification CITESwoodID cite Dalbergia odorifera parmi les espèces commerciales du genre.

L'inscription porte l'annotation #15, que reprend le règlement (UE) 2026/1383 du 22 juin 2026, adopté après la conférence des parties de Samarcande (2025), qui n'a pas modifié ces inscriptions : au niveau de la convention, elle exclut notamment les produits finis contenant jusqu'à 10 kg de bois de l'espèce par envoi. Elle ne vaut pas pour le palissandre de Siam (Dalbergia cochinchinensis), rangé dans le hongmu, inscrit dès 2013 sous l'annotation #4, sans exemption pour les produits finis. Un grand meuble peut dépasser ce poids, et cette exemption ne règle pas à elle seule la situation d'un meuble : elle se vérifie au cas par cas.

Le palissandre de Rio relève d'un régime plus strict. Pour les spécimens de l'annexe A, la douane rappelle que les activités commerciales nécessitent une autorisation spéciale, sauf pour les spécimens travaillés antérieurs à 1947, et que les documents CITES sont délivrés en France par les DREAL.

Les spécimens travaillés acquis avant le 3 mars 1947 peuvent, sous conditions, bénéficier d'une dérogation à l'obligation de certificat intracommunautaire pour leur utilisation commerciale au sein de l'Union européenne ; il faut pouvoir justifier que le meuble remplit ces conditions. Une exportation hors de l'Union relève d'autres formalités, y compris pour l'annexe B.

Zitan (Pterocarpus santalinus)

Le santal rouge est inscrit à l'annexe II de la CITES depuis 1995 (annexe B), avec l'annotation #7, qui vise les grumes, les copeaux, la poudre et les extraits, selon la même liste allemande. Un meuble fini n'entre pas dans les produits énumérés, mais l'identification de l'espèce et de l'ancienneté reste nécessaire, d'autant que le mot « zitan » recouvre parfois d'autres bois. À l'inverse, le Pterocarpus erinaceus, parfois vendu sous ces noms, est inscrit sans annotation depuis 2017 : ses meubles sont couverts.

La possibilité de vendre ou d'exporter un meuble dépend notamment de l'espèce, de l'ancienneté, de la nature de l'objet, du poids de bois concerné, de sa documentation et des autorisations éventuellement requises. Aucune dérogation n'est automatique : chaque meuble doit être examiné individuellement avant toute transaction.

Biens culturels

La sortie de France et l'exportation hors de l'Union européenne obéissent à des régimes et à des seuils distincts, indépendants des règles CITES, fixés selon la catégorie, l'âge et la valeur du meuble ; ils se vérifient au cas par cas. Lorsque ces seuils sont atteints, une exportation hors de l'Union exige en principe, selon la douane, un document national et une licence d'exportation européenne.

Au niveau européen, le règlement (CE) n° 116/2009 fixe notamment un seuil de 50 000 € pour les meubles de cinquante à cent ans et les objets d'antiquité de plus de cent ans ; le seuil national français relève d'un autre texte, et aucun seuil ne dispense à lui seul des autres formalités. Le détail par catégorie figure dans notre dossier provenance, marché et exportation. Galerie L'Atrium ne rachète pas une pièce dont l'origine licite ne peut pas être établie lorsque la loi l'exige.

10. Estimation et rachat

Galerie L'Atrium expertise et rachète le mobilier chinois ancien : sièges, tables, armoires, lits, paravents de Coromandel et autres laques, sellettes et supports, ainsi que les meubles des XIXe et XXe siècles de belle qualité. La maison est spécialisée dans l'expertise et le rachat de gré à gré d'antiquités et d'objets d'art. L'examen commence sur photographies ; l'avis sur le bois, l'époque et l'intégrité se forme lors d'une expertise à domicile, gratuite et sans engagement : nous vous donnons une estimation motivée, objet par objet, et, lorsque l'enjeu le justifie, nous sollicitons une analyse du bois ou un second avis indépendant.

Si vous acceptez notre offre, Galerie L'Atrium organise et prend en charge l'enlèvement et le transport des meubles rachetés, y compris des pièces volumineuses ou démontables. Une pièce d'identité est demandée au vendeur, conformément aux obligations du registre des objets mobiliers.

Au-delà de 5 000 €, la vente d'un objet d'art, de collection ou d'antiquité peut être soumise à la taxe forfaitaire applicable, avec possibilité, sous certaines conditions et sur justificatifs, d'opter pour le régime des plus-values. La fiscalité applicable est vérifiée au moment de la transaction (ministère de l'Économie).

Nous recevons sur rendez-vous dans nos bureaux du 128 rue de la Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris, et nous nous déplaçons :

Pour un mobilier européen, voir notre dossier mobilier ancien : expertise et rachat. Pour une succession, voir art d'Asie dans une succession ; le déroulé d'un rachat est décrit sur notre page vendre un objet d'art d'Asie : expertise et rachat comptant. Vue d'ensemble : notre dossier général sur l'art d'Asie.

Un meuble ou un paravent trop lourd pour être photographié sous tous les angles ? Demander une expertise à domicile · 06 74 06 11 94 · Paris, Île-de-France, Var, Alpes-Maritimes

Questions fréquentes sur le mobilier chinois ancien

Comment savoir si mon meuble est en huanghuali ?

La couleur et le veinage orientent, sans suffire : d'autres bois s'en approchent et une teinte s'imite. Nous examinons le bois sur des zones non traitées, la construction et l'usure ; si l'enjeu le justifie, une analyse en laboratoire peut confirmer le genre et, parfois, l'espèce.

Le hongmu a-t-il de la valeur ?

Hongmu est un terme commercial : la norme chinoise y range 29 espèces. La valeur d'un meuble en hongmu dépend surtout de son époque, de la qualité de sa fabrication et de son état ; elle n'est pas celle d'un meuble classique en huanghuali.

Un meuble sans clous ni colle est-il forcément ancien ?

Non. C'est la construction traditionnelle, que les ateliers actuels emploient toujours. L'âge se lit à l'usure, au vieillissement des surfaces cachées et à la cohérence de toutes les pièces.

Mon paravent de Coromandel est-il du XVIIe ou du XVIIIe siècle ?

Peut-être, mais beaucoup datent des XIXe et XXe siècles. La qualité de la gravure, les couleurs, le revers, la cohérence des feuilles et les restaurations permettent, sur pièce, de situer le paravent le plus souvent avec une bonne probabilité.

Faut-il cirer ou revernir un meuble chinois avant de le montrer ?

Non. Une cire moderne, un vernis ou un ponçage effacent la surface ancienne, qui compte dans la valeur et dans la datation. Dépoussiérez avec un chiffon doux et sec, rien de plus, et sans frotter une laque qui se soulève ou s'écaille.

Peut-on vendre un meuble en huanghuali ou en zitan ?

Cela peut être possible, sous conditions : ces bois relèvent de la CITES (annexe II, état au 7 octobre 2026). Les formalités dépendent de l'espèce, de l'ancienneté, du poids de bois, de la destination et des documents : chaque meuble s'examine individuellement, aucune dérogation n'est automatique.

Un panneau remplacé fait-il perdre toute sa valeur au meuble ?

Pas toute. Une réparation d'entretien est attendue sur un meuble ancien ; ce qui pèse, c'est la part d'origine et la nature des éléments remplacés. Un plateau ou une porte changés comptent plus qu'une cheville.

Voir aussi

Sources et références

Sources principales

Toutes les sources consultées

Musées et institutions

Bois et mobilier

Réglementation

Ouvrages (notices de vérification)

Liens consultés en octobre 2026. Les datations, identifications de bois et attributions citées reprennent la formulation des institutions qui conservent les œuvres.

À propos de l'auteur

Galerie L'Atrium — Marc Ravet, antiquaire expert. Galerie L'Atrium a été fondée en 2015 et est dirigée depuis par son fondateur, antiquaire expert fort de plus de 30 ans d'expérience. La maison est spécialisée dans l'expertise et le rachat de gré à gré d'antiquités et d'objets d'art, dont le mobilier et les objets d'art d'Asie, lors de rendez-vous à domicile et d'événements d'expertise. Son expérience des foires en France, en Europe et aux États-Unis nourrit les analyses publiées dans ce dossier. Galerie L'Atrium, 128 rue de la Boétie, 75008 Paris (bureaux, réception sur rendez-vous) · 06 74 06 11 94 · galerielatrium@gmail.com · 8h30–20h, 7j/7.